En bref Le nom « Wolfsburg » vient du château médiéval Schloss Wolfsburg, dont le blason porte un loup bondissant ; c’est un héritage géographique et héraldique, pas un choix marketing, voté en 1945 par le tout premier conseil municipal de la ville. Volkswagen n’a jamais fait du loup son logo officiel, mais l’a décliné dans trois langues : Lupo (latin), Amarok (inuit), ID. Lobo (espagnol). L’écusson du loup a orné les Coccinelles Deluxe de 1950 à 1962 et resurgit aujourd’hui dans les séries « Wolfsburg Edition ».
Une nuit, une route déserte, une Mercedes CLA poursuivie par un loup. L’animal la talonne, puis renonce, comme s’il reconnaissait, dans cette carrosserie, une force comparable à la sienne. C’est toute la publicité. Une image, une campagne, puis plus rien : chez Mercedes-Benz, le loup est un figurant qui traverse l’écran et s’en va.
Le loup de Volkswagen, lui, n’est jamais vraiment reparti. Il s’est installé au capot des Coccinelles, glissé dans le nom d’une ville, puis décliné dans trois langues pour baptiser trois générations de modèles ; et il a même fallu, un jour, recruter un chien nommé Caesar pour lui ressembler le temps d’un tournage. Volkswagen n’a jamais fait du loup son logo officiel. Ce qu’elle a, c’est plus discret et plus tenace : une empreinte, semée puis oubliée, puis retrouvée.
- Wolfsburg : quand le loup de Volkswagen prend racine
- L’écusson qui a voyagé jusqu’au volant des Coccinelles
- Trois langues pour un seul loup : Lupo, Amarok, ID. Lobo
- Wolf, Not Wolf : Caesar, le chien qui a joué le loup
- Un emblème qui reste, un autre qui traverse
- FAQ
- Sources
Wolfsburg : quand le loup de Volkswagen prend racine

Le nom « Wolfsburg » est la contraction de deux mots allemands : Wolf (le loup) et Burg (le château). Il ne s’agit pas d’une trouvaille publicitaire, mais de la référence directe au château médiéval Schloss Wolfsburg, mentionné dès 1302, dont le blason représentait un loup bondissant au-dessus de deux faisceaux de céréales : les armoiries de la famille noble von Bartensleben. Cette figure, le « Roggenwolf » ou loup des seigles, appartient au folklore agraire germanique comme gardien protecteur des moissons.
Découvrez aussi d’autres symboliques du loup dans notre article « L’Archétype du loup : Miroir de l’âme humaine »
Avant 1945, la localité portait un nom nettement moins vendeur : « Stadt des KdF-Wagens bei Fallersleben », fondée le 1er juillet 1938 pour loger les ouvriers de l’usine naissante.

Le 25 mai 1945, ce n’est pas l’armée américaine qui décrète le changement de nom : c’est le tout premier conseil municipal de la ville, installé ce jour-là sous supervision militaire américaine, qui vote la résolution de rebaptiser la commune « Wolfsburg » d’après le château médiéval voisin, dans le but explicite de rompre avec le nom associé à l’organisation de loisirs nazie « Kraft durch Freude » (« la force par la joie »). C’est le blason du château qui donne son nom à la ville, pas l’inverse.
Une confusion revient souvent à ce stade : celle qui attribue ce baptême au Major britannique Ivan Hirst. En réalité, l’usine passe sous administration militaire britannique dès juin 1945, avec l’arrivée des détachements du Royal Electrical and Mechanical Engineers. Hirst, lui, n’arrive sur place qu’au tout début du mois d’août 1945, soit plus de deux mois après le vote du conseil municipal, en tant que Senior Resident Officer chargé de relancer la production.

Le 22 août 1945, l’administration britannique commande 20 000 berlines Volkswagen pour les besoins des armées d’occupation : la commande qui sauve littéralement l’usine du démantèlement prévu par les Alliés. Hirst a sauvé l’usine mais il n’a pas nommé la ville. Le loup de Volkswagen a une origine héraldique et démocratique locale, pas militaire.
L’écusson qui a voyagé jusqu’au volant des Coccinelles

Le blason de Wolfsburg, le château et son loup, a longtemps figuré directement sur les véhicules d’exportation. Sur les Coccinelles Deluxe destinées à l’export, l’écusson émaillé bleu et or apparaît en badge de capot dès 1950 ; sa charte graphique se simplifie en 1960 vers un dessin plus épuré, noir et argent, avant de disparaître des chaînes de montage à la fin de 1962. Certains véhicules de l’année-modèle 1963, assemblés à la fin de l’été 1962, en portent encore un : dernier reliquat d’une pièce déjà abandonnée en usine.
Le médaillon central du volant suit un calendrier voisin mais distinct : il apparaît en octobre 1952 sur les versions Deluxe, gaufré en feuille d’or sous un dôme de résine acrylique, avant de se simplifier en 1956 puis d’adopter une finition chromée de 1960 à 1963. Ces deux calendriers, souvent confondus sur le marché des pièces de restauration modernes, ne se recouvrent qu’en partie ; une nuance que les passionnés de Coccinelles anciennes connaissent bien.

Ce médaillon armorié n’était toutefois pas la seule option pour habiller le centre du volant. Le fabricant allemand Gustav Petri, à Aschaffenburg, commercialise un système de bagues de klaxon interchangeables permettant de remplacer l’écusson par d’autres motifs au choix : Christophorus, saint patron des voyageurs, en or et rouge, ou Sonnenuhr (littéralement « cadran solaire »), en or et bleu, que les collectionneurs anglophones connaissent aujourd’hui sous le nom de « Sun & Moon ».
Le loup de Wolfsburg cohabitait ainsi, sur le marché des accessoires, avec un saint catholique et un motif astronomique, la preuve concrète que même sur le volant, le symbole restait remplaçable au gré du propriétaire.

Un autre médaillon, distinct de la gamme Petri documentée ci-dessus, apparaît dans le catalogue accessoires de l’importateur World-Wide Automobiles Corporation daté de 1957 : un volant complet muni d’un bouton de klaxon en camée représentant un profil féminin. Le marché actuel de la restauration Coccinelle connaît ce type de médaillon sous le nom de « Golden Lady », mais aucune source d’époque retrouvée à ce jour ne confirme ni ce nom, ni son fabricant, ni sa date de première apparition.

L’écusson s’est aussi retrouvé sur les badges de coffre ou d’aileron arrière, sur certains enjoliveurs, et, dans sa version la plus récente, sur les plaques de seuil et les inserts de calandre des séries « Wolfsburg Edition » (Golf, Passat, Tiguan).

Cette appellation commerciale n’a rien d’un habillage cosmétique récent : elle est créée dès 1983 par Volkswagen of America, d’abord sur la Rabbit Convertible et la Jetta, pour désigner des séries limitées valorisant la fiabilité « made in Wolfsburg », à une époque où le constructeur allemand affronte l’offensive commerciale des berlines japonaises comme la Honda Accord.
Trois langues pour un seul loup : Lupo, Amarok, ID. Lobo
Volkswagen n’a jamais fait du loup un logo. Elle l’a plutôt dispersé dans sa nomenclature, comme une signature répétée en plusieurs langues. La Volkswagen Lupo, dessinée sous la direction du designer Jozef Kabaň et lancée fin 1998, porte le nom latin du loup, clin d’œil direct au siège historique de Wolfsburg, pour une citadine compacte et nerveuse, pensée pour l’agilité urbaine.
À l’autre bout de la gamme, le pick-up Volkswagen Amarok, lancé en 2010, emprunte son nom au mot inuit désignant le loup arctique ou l’esprit du loup géant issu de l’animisme groenlandais, projetant une image de robustesse extrême et d’adaptation aux climats les plus rudes.
En 2024, un dépôt de marque a révélé le nom Volkswagen ID. Lobo, « loup » en espagnol, associé à un futur buggy électrique tout-terrain. Le nom réactive un pan méconnu de l’histoire automobile : celle des buggys artisanaux « El Lobo », kits de carrosserie en fibre de verre montés sur châssis raccourci de Coccinelle, développés en Californie dans les années 1960 et 1970 par l’atelier Buggy House, à Hayward. Volkswagen a déposé, la même année et auprès du même office européen, une seconde marque bien distincte, « Angra », hommage à un carrossier brésilien indépendant d’Angra dos Reis, actif dans les années 1980, qui fabriquait ses propres buggys sur base mécanique Volkswagen. Les deux constructeurs n’ont jamais eu de lien entre eux : seul le calendrier de dépôt des marques les réunit, un continent et vingt ans d’écart plus tard.

Trois modèles, trois langues, un seul animal ; sans qu’aucune de ces voitures n’ait jamais arboré la moindre tête de loup sur sa carrosserie. Chaque déclinaison linguistique correspond à un territoire commercial précis : la ville pour la Lupo, le froid polaire pour l’Amarok, et bientôt le tout-terrain électrique pour l’ID. Lobo, sans qu’aucune source officielle ne permette d’affirmer une intention délibérée de répondre à un concurrent précis.
Wolf, Not Wolf : Caesar, le chien qui a joué le loup
Pour le lancement de sa série Wolfsburg Edition 2017, Volkswagen Australia veut une image forte : un vrai loup, filmé en conditions réelles.
L’agence EDGE et le réalisateur David den Engelsman, pour la maison de production Radical Orange, se heurtent cependant à la réglementation australienne, qui interdit strictement l’importation et la possession de loups ou d’hybrides de loups pour protéger la faune endémique du pays.
Le directeur de création Matt Batten se tourne alors vers les élevages spécialisés dans les chiens « wolfalikes », développés depuis 2014 par la Lykos Wolfalike Council of Australia pour ressembler au loup sans posséder la moindre trace de patrimoine génétique sauvage. Le concept publicitaire prend le nom de « Wolf, Not Wolf« , une contrainte réglementaire transformée en trouvaille créative.
Grâce au témoignage direct de Brooke Taylor, de l’élevage Lykosia Australia, contactée pendant la préparation de cet article, il est possible de reconstituer des détails inédits de ce tournage. Le chien vedette de la campagne s’appelait Lykosia Caesar. Repéré parmi des centaines de chiens pour son apparence naturellement lupine et son tempérament stable, une qualité indispensable pour travailler sur un plateau professionnel aux côtés d’une équipe de tournage.
Caesar a été recommandé par l’éleveuse elle-même en raison de son niveau d’obéissance élevé. Une société de casting animalier basée à Sydney, spécifiquement en quête d’un chien à l’allure de loup crédible à l’écran, avait initialement approché l’élevage. Caesar a voyagé depuis Melbourne jusqu’à Sydney pour la journée de tournage.
Sur le plan génétique, la portée dont Caesar est issu croise Berger Blanc Suisse, Malamute d’Alaska et Husky sibérien, avec une faible proportion de Samoyède, un apport qui n’a rien d’inhabituel chez les croisements de races arctiques pures.
Un emblème qui reste, un autre qui traverse
Mercedes-Benz n’a jamais eu besoin d’un loup pour exister : son identité repose depuis l’origine sur l’étoile à trois branches, symbole de la motorisation sur terre, sur mer et dans les airs. Le loup n’y apparaît que par intermittence, comme dans la campagne « Stand Out », où l’animal surgit brièvement au milieu d’un troupeau de moutons pour suggérer que la CLA ne suit pas le troupeau. Une image, un message, puis la marque referme le dossier.
Le loup de Volkswagen, lui, n’a jamais eu ce statut de figurant. Il n’est jamais devenu le logo de la marque, qui reste le sigle VW, et pourtant il traverse quatre-vingts ans d’histoire : un château du XIVe siècle, un vote municipal pour effacer un nom nazi, un écusson sur des millions de Coccinelles, trois langues pour nommer trois voitures, et jusqu’à un chien nommé Caesar, recruté pour lui ressembler le temps d’un tournage. Ce n’est pas un emblème qu’on affiche. C’est un emblème qu’on oublie d’avoir, jusqu’à ce qu’on le retrouve.

Reste une question, presque une invitation : combien d’autres marques portent ainsi un loup sans le savoir, dissimulé dans un nom de ville, un patronyme de fondateur ou une traduction oubliée ? Le prochain arrêt de cette série se déplace du garage à l’atelier, là où le loup ne séduit plus, mais protège.
FAQ
Pourquoi Volkswagen est-elle associée à un loup ? Parce que le siège mondial de Volkswagen se trouve à Wolfsburg, une ville dont le nom signifie littéralement « château du loup » et dont les armoiries représentent un loup bondissant. Le loup de Volkswagen n’est donc pas un choix marketing, mais un héritage géographique et héraldique.
Qui a choisi le nom « Wolfsburg » pour la ville ? Le 25 mai 1945, le tout premier conseil municipal élu de la ville, réuni sous supervision militaire américaine, a voté la résolution de renommer la commune « Wolfsburg » d’après le château médiéval voisin, pour rompre avec son ancien nom associé à l’organisation nazie « Kraft durch Freude ». Le Major britannique Ivan Hirst, souvent cité à tort comme responsable de ce choix, n’est arrivé sur place qu’en août 1945.
Où retrouve-t-on l’écusson du loup sur les anciennes Coccinelles ? Sur le badge de capot des versions Deluxe destinées à l’export (1950 à octobre 1962), sur le médaillon central du volant (octobre 1952 à 1963), et plus tard sur les badges, enjoliveurs et plaques de seuil des séries modernes « Wolfsburg Edition », une appellation créée en 1983 par Volkswagen of America.
Quels modèles Volkswagen portent le nom du loup ? Trois modèles, dans trois langues différentes : la Volkswagen Lupo (loup en latin, 1998-2005), le Volkswagen Amarok (loup arctique en inuit, depuis 2010), et le Volkswagen ID. Lobo (loup en espagnol, buggy électrique annoncé en 2024).
Qui est le chien qui a joué le loup dans la publicité Volkswagen ? Il s’appelait Caesar, de l’élevage australien Lykosia. Sélectionné parmi des centaines de chiens pour son apparence lupine et son tempérament stable, il a été recruté pour la campagne « Wolf, Not Wolf » de Volkswagen Australia, l’importation de loups étant interdite dans le pays.
Mercedes-Benz utilise-t-elle aussi le loup comme symbole de marque ? Non, contrairement à Volkswagen. Mercedes-Benz n’a jamais intégré le loup à son identité officielle (l’étoile à trois branches reste son seul emblème), mais l’a utilisé ponctuellement comme personnage narratif dans deux publicités pour la CLA.
Sources
Wolfsburg et l’histoire de la ville
- Ville de Wolfsburg, « Stadtgeschichte »
- postautomation.de, « Volkswagen: ein deutscher Mythos »
- Wikipédia (DE), « Roggenwolf »
- Volkswagen Group, « 1937 to 1945: Founding of the Company and Integration into the War Economy »
- Volkswagen, « Hour Zero? A new start! »
L’écusson et les Coccinelles
- Wolfsburg Wired, « Name that steering wheel »
- Brochures VW 1952 à 1957
- Brochures accesoires VW 1952 à 1957
- Publicité Petri sur Catalogue Motometer
Lupo, Amarok, ID. Lobo
- Volkswagen UK Newsroom, dossier de presse « Lupo »
- Volkswagen, « The History Behind VW Vehicle Names »
- Wikipédia (FR), « Amarok (mythologie) »
- CarBuzz, « Volkswagen ID. Lobo Trademark Points To Electric Off-Road Buggy »
Wolf, Not Wolf (campagne australienne)
- Radical Orange, page projet « Volkswagen Wolfsburg Promo »
- Lykos Wolf Dogs, page « History »
- Lykos Wolfalike Council of Australia (LWCA)
- Creativepool, portfolio Matt Batten, « Wolf, Not Wolf for Volkswagen »
- Lykosia Australia, page du chien Caesar
Mercedes-Benz et le loup
- MotorTrend, « Mercedes-Benz CLA Chased by a Wolf in New Ad »
- Mercedes-Benz Group, « Birth of the Mercedes Brand »

